Souder la fibre optique : étapes et matériel | BOOTCAMP

Souder la fibre optique : étapes, matériel et erreurs à éviter

Souder la fibre optique, c’est relier deux fibres de verre par fusion pour que la lumière passe de l’une à l’autre avec le moins de perte possible. Le geste se fait en six étapes : dénudage, nettoyage, clivage, fusion, protection par un manchon (le « smoove ») et contrôle de l’affaiblissement. Voici le matériel, la méthode pas à pas et les erreurs qui font rater une soudure.

Mis à jour le 13 octobre 2026

Souder la fibre optique : fusion ou épissure mécanique ?

Une fibre monomode, celle des réseaux FTTH, a un cœur d’environ 8 à 10 microns dans une gaine optique de 125 microns. Il faut aligner ces cœurs presque parfaitement. Deux techniques existent :

  • la fusion : une soudeuse chauffe les deux extrémités dans un arc électrique et les pousse l’une contre l’autre. c’est la méthode la plus utilisée, celle qui donne la perte la plus faible et la jonction la plus solide ; en monomode, presque toutes les épissures sont faites ainsi ;
  • l’épissure mécanique : un petit dispositif maintient les fibres bout à bout dans un gel d’adaptation d’indice. En général, elle sert surtout aux réparations provisoires et à la fibre multimode.

Sur un chantier FTTH, on soude donc presque toujours par fusion, du nœud de raccordement optique (NRO) jusqu’à la prise de l’abonné. Selon le tableau de bord de l’INTT, la Tunisie comptait 222 000 abonnements FTTH fin mars 2026, contre 46 000 au premier trimestre 2024. Les métiers concernés sont décrits dans notre guide pour devenir technicien fibre optique.

Le matériel pour souder la fibre optique

Le kit de la soudeuse 100S de Fujikura résume l’essentiel : soudeuse, pince à dénuder, cliveuse, bac à chutes de fibre et distributeur d’alcool.

Outil Rôle Point de vigilance
Soudeuse (fusionneuse) Aligner, fusionner, estimer la perte, chauffer le manchon Bon programme de fusion, électrodes propres
Cliveuse de précision Couper la fibre nue avec une face plane et droite Lame propre, tournée ou changée quand elle s’use
Pince à dénuder fibre Retirer les revêtements de 900 et 250 microns Calibre adapté, pince propre, jamais d’entaille
Alcool isopropylique, lingettes non pelucheuses Nettoyer la fibre dénudée Produit inflammable, local aéré
Manchons de protection (smoove) Protéger l’épissure terminée Longueur de clivage adaptée au manchon
Bac à chutes, lunettes Recueillir les éclats de verre, protéger les yeux Bac refermable, lunettes en permanence
Photomètre, réflectomètre (OTDR) Contrôler la liaison et chaque soudure Seuils du cahier des charges client

La plupart des soudeuses alignent les fibres automatiquement, puis estiment la perte. Une soudeuse à alignement actif des cœurs comme la Fujikura 100S analyse aussi le type de fibre pour choisir son programme de fusion.

Les étapes pour souder la fibre optique

La préparation tient en trois mots : dénuder, nettoyer, cliver. Les longueurs citées sont des exemples : suivez le manuel de votre matériel.

Avant de commencer : enfiler le smoove

Après avoir ouvert le câble et retiré le gel d’étanchéité s’il y en a, glissez un manchon de protection sur l’une des deux fibres. Ne sautez pas ce geste : une fois la fibre dénudée, il est presque impossible d’enfiler le manchon sans l’abîmer.

1. Le dénudage

Retirez le revêtement jusqu’au verre nu, sur la longueur indiquée par le manuel de votre soudeuse et de votre cliveuse. C’est l’étape où la fibre risque le plus d’être abîmée. Sur une fibre gainée à 900 microns, retirez la gaine de 900 microns et le revêtement de 250 microns en un seul geste plutôt que par petites prises, pour limiter les entailles : une entaille fragilise la fibre et peut la faire casser plus tard.

2. Le nettoyage

Pincez une lingette imbibée d’alcool isopropylique pur entre le pouce et l’index et faites glisser la fibre nue entre les deux, sans forcer. Les restes de revêtement et la poussière peuvent provoquer des bulles dans la soudure.

3. Le clivage

Posez la fibre dans la cliveuse, le bord du revêtement sur le repère, fermez les pinces et déclenchez la coupe : la lame raye le verre, qui se rompt net. La face doit être plane, perpendiculaire et sans éclat. Un mauvais clivage donne presque toujours une mauvaise soudure ; le catalogue Fujikura illustre d’ailleurs la perte causée par un grand angle de clivage, entre 3 et 5 degrés.

La longueur clivée dépend de la soudeuse et du manchon : chez Fujikura, moins de 16 mm pour un manchon de 60,5 mm et moins de 10 mm pour un manchon de 40,5 mm. Ramassez la chute avec une pince brucelles, jetez-la dans le bac et placez la fibre dans la soudeuse sans que sa face touche quoi que ce soit.

4. La fusion

Posez chaque fibre dans la rainure en V, l’extrémité à mi-chemin environ entre le bout de la rainure et les électrodes, sans la faire glisser, et refermez doucement les pinces. Choisissez le programme adapté au type de fibre et lancez le cycle. La soudeuse enchaîne alors :

  • le réglage de l’écart et un bref arc de préfusion, qui nettoie et préchauffe les extrémités ;
  • le contrôle de l’angle de clivage et de la propreté, qui fait rejeter une fibre mal préparée ;
  • l’alignement, puis la fusion à l’arc pendant que les fibres avancent à vitesse contrôlée ;
  • l’inspection de la soudure et l’affichage de la perte estimée, en décibels (dB).

Examinez la soudure sur les vues X et Y. Un petit défaut, comme des points ou des lignes noirs, peut parfois s’améliorer avec un arc supplémentaire, mais n’insistez pas : en cas de fort décalage des cœurs, de bulle ou de renflement, refaites la soudure.

5. La protection par le smoove

Faites glisser le manchon pour centrer l’épissure, tendez légèrement la fibre et placez l’ensemble dans le four de la soudeuse : sur la Fujikura 100S, la chauffe d’un manchon de 60 mm dure en moyenne 13 à 15 secondes (8 à 10 secondes en mode « slim »), selon le fabricant. Vérifiez ensuite que la fibre revêtue entre bien dans le manchon de chaque côté, qu’il n’y a aucune bulle et que la fibre nue n’est pas courbée. Lovez enfin la fibre dans la cassette, sans courbure serrée.

Étape 6 : contrôler l’affaiblissement de la soudure

L’affaiblissement est la part de lumière perdue au passage de la soudure, en dB. La valeur de la soudeuse n’est qu’une estimation : sur une liaison installée, seul un réflectomètre (OTDR) mesure chaque soudure une à une.

Repère Valeur Source
Moyenne annoncée pour la soudeuse à alignement des cœurs Fujikura 100S, sur fibre monomode G.652 (mesure en laboratoire, fibres identiques) 0,02 dB Fujikura, fiche technique 100S
Maximum de la norme TIA-568 par épissure (fusion ou mécanique) 0,3 dB Fluke Networks, bilan de liaison

Sur un chantier, le seuil qui fait foi est celui du cahier des charges de l’opérateur ou du client. La mesure au photomètre, avec une source lumineuse à un bout et le photomètre (mesureur de puissance) à l’autre, donne la perte totale de la liaison ; le réflectomètre situe chaque soudure et chaque défaut sur la longueur de la fibre.

Mesurez dans les deux sens. Entre deux fibres un peu différentes, l’OTDR peut afficher un gain (un « gainer ») d’un côté et une perte exagérée de l’autre. CommScope rappelle que seule la moyenne des mesures prises dans les deux sens donne la perte réelle de l’épissure.

Les erreurs fréquentes quand on soude la fibre optique

  1. Oublier le smoove avant le dénudage : il faut couper et tout recommencer.
  2. Entailler la fibre avec une pince usée ou mal calibrée : elle peut sembler intacte, puis casser plus tard.
  3. Laisser la face clivée toucher quoi que ce soit : elle se salit ou s’abîme.
  4. Cliver avec une lame usée : l’angle augmente, la fibre est refusée ou la perte grimpe.
  5. Négliger les électrodes, à nettoyer et à remplacer selon les consignes du fabricant (environ 5 000 soudures par paire sur la Fujikura 100S).
  6. Se tromper de programme de fusion pour le type de fibre.
  7. Multiplier les arcs supplémentaires au lieu de refaire la soudure.
  8. Mal poser le smoove : épissure décentrée, bulle, fibre courbée.
  9. Lover trop serré dans la cassette : la courbure crée des pertes.
  10. Mesurer dans un seul sens : un « gainer » peut masquer une mauvaise soudure.

Lire les défauts à l’écran

Chaque défaut visible à l’écran a des causes probables :

  • fibres non fusionnées : courant de fusion trop faible ou préfusion trop courte ;
  • bulle : faces sales, mauvais clivage, courant trop fort ou préfusion insuffisante ;
  • rétrécissement : courant trop fort, avance trop lente, écart trop grand, électrodes sales ;
  • renflement : avance trop rapide ou courant inadapté.

Sur une soudeuse automatique récente, ces défauts sont rares.

Sécurité : les règles à respecter

Le principal danger vient des éclats de verre : une chute de fibre, presque invisible, peut se planter dans la peau ou dans l’œil. Les consignes de base :

  • portez des lunettes de protection pendant tout le travail sur fibre nue ;
  • jetez chaque chute dans un bac refermable, jamais par terre ;
  • ne mangez pas près du poste et travaillez dans un local aéré, l’alcool étant inflammable ;
  • ne soudez jamais là où des gaz peuvent s’accumuler, comme une chambre souterraine : l’arc peut provoquer une explosion ;
  • ne regardez pas l’extrémité d’une fibre qui pourrait être en service : sa lumière infrarouge est invisible.

Apprendre à souder la fibre optique en atelier

Pour souder la fibre optique, deux règles comptent : lire le manuel de la machine et pratiquer. Chez BOOTCAMP, à Tunis (Belvédère), la soudure par fusion fait partie de trois parcours en présentiel, validés par un certificat BOOTCAMP :

  • la formation technicien fibre optique A1 (60 heures, 1 150 DT, cours de jour ou du soir) : bases de la fibre et du FTTH, puis ateliers de raccordement et de soudure ;
  • la formation A2 approfondie (140 heures, 2 350 DT) : en plus, lecture du synoptique et mesures au réflectomètre ;
  • la formation raccordement FTTH D3 (24 heures, 850 DT, niveau intermédiaire) : préparation, clivage, soudure, programmes de la soudeuse, lovage en cassette et test au photomètre.

Prix de nos fiches au 7 octobre 2026. Sur les parcours A1 et A2, environ 80 % du temps se passe en atelier, dans des salles qui reproduisent un chantier du NRO jusqu’au client.

Un poste par stagiaire. L’atelier fibre de BOOTCAMP compte 20 soudeuses, 120 cliveuses et pinces et 3 réflectomètres OTDR. Chaque stagiaire soude sur son propre poste : vous multipliez les essais au lieu d’attendre votre tour.

Pour choisir votre parcours, consultez le secteur télécommunications ou contactez nos conseillers.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour apprendre à souder la fibre optique ?

Il n’y a pas de durée standard : la régularité vient du nombre de soudures faites soi-même. Chez BOOTCAMP, la soudure est travaillée dès l’A1 (60 heures, environ 80 % de pratique).

Quelle perte est acceptable pour une soudure ?

Fujikura annonce une moyenne de 0,02 dB sur fibre G.652 pour sa soudeuse 100S, mesurée en laboratoire ; la norme TIA-568 admet au plus 0,3 dB par épissure. Sur un chantier, le seuil du client s’applique.

Peut-on raccorder une fibre sans soudeuse ?

Oui, par épissure mécanique, surtout pour une réparation provisoire ou en multimode.

Qu’est-ce qu’un smoove ?

C’est le nom courant du manchon thermorétractable qui protège la soudure. On l’enfile avant le dénudage, puis on le rétracte dans le four de la soudeuse.

Faut-il acheter une soudeuse pour se former ?

Non. Pendant les travaux pratiques chez BOOTCAMP, chaque stagiaire travaille sur son propre poste, avec le matériel de l’atelier.

Sources

Pages consultées le 7 octobre 2026.

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