La mesure OTDR de la fibre optique consiste à envoyer des impulsions laser dans une fibre et à analyser la lumière qui revient, pour obtenir une courbe où apparaissent les épissures, les connecteurs et la fin de la liaison. Ce guide explique le principe du réflectomètre, la lecture des événements, les zones mortes, la mesure bidirectionnelle, la place de la photométrie et le contenu d’un rapport de recette.
Mis à jour le 13 octobre 2026
Mesure OTDR de la fibre optique : le principe du réflectomètre
Un OTDR (Optical Time Domain Reflectometer, réflectomètre optique temporel) associe une source laser et un détecteur. Il envoie de courtes impulsions et mesure la lumière qui revient. Selon le constructeur EXFO, ce retour a deux origines :
- la rétrodiffusion de Rayleigh, faible et continue, produite par la fibre sur toute sa longueur : elle dessine la pente de la courbe et donne l’atténuation en dB/km ;
- la réflexion de Fresnel, qui naît d’un brusque changement d’indice (verre-air sur un connecteur ou une fibre coupée) et peut être des milliers de fois plus forte.
L’appareil convertit le temps en distance grâce à l’indice de groupe de la fibre. La lumière faisant l’aller et le retour, il divise le temps par deux, et la perte aussi. Pour une fibre monomode G.652.D, la fiche technique Prysmian donne un indice de groupe typique de 1,467 à 1 310 nm et de 1,468 à 1 550 nm : un indice mal saisi fausse toutes les distances. Notez aussi que l’OTDR mesure la longueur de la fibre, un peu plus grande que celle du câble, car les fibres ont une surlongueur dans leurs tubes.
Impulsion, moyennage et dynamique
- Largeur d’impulsion : une impulsion longue voit plus loin mais sépare mal deux événements proches. En pratique, on choisit la plus courte qui atteint la fin de la liaison, en allongeant au besoin la durée d’acquisition pour réduire le bruit.
- Dynamique : la perte maximale analysable. EXFO recommande 5 à 8 dB de plus que la perte maximale de la liaison.
Pourquoi mesurer à 1 310 et à 1 550 nm
La fibre est plus sensible aux contraintes aux grandes longueurs d’onde : une courbure ou un écrasement fait plus de perte à 1 550 nm qu’à 1 310 nm. Une seule courbure serrée peut ainsi créer une perte nette à 1 550 nm, beaucoup plus faible à 1 310 nm, sans pic de réflexion. La recommandation UIT-T G.650.3 (août 2017) consacre un appendice aux méthodes qui distinguent perte d’épissure et perte par macrocourbure.
Lire une courbe OTDR : épissure, connecteur, fin de fibre
En abscisse la distance, en ordonnée le niveau en dB : une liaison saine forme une droite descendante, interrompue par des « événements ». Les repères ci-dessous sont indicatifs pour le monomode (fiche Prysmian, fiche Fujikura, limites TIA-568 publiées par Fluke Networks) ; sur un chantier, seuls comptent les seuils du cahier des charges.
| Événement | Allure sur la courbe | Ce que l’on relève | Repère indicatif |
|---|---|---|---|
| Tronçon de fibre | Droite qui descend régulièrement | Atténuation (dB/km) | Fibre G.652.D de la fiche Prysmian : au plus 0,4 dB/km à 1 310 nm et 0,25 dB/km à 1 550 nm |
| Épissure par fusion | Petite marche vers le bas, sans pic | Perte | Quelques centièmes de dB, parfois invisible (moyenne de 0,02 dB annoncée par Fujikura pour sa soudeuse 100S) ; au plus 0,3 dB selon la TIA-568 |
| Connecteur, épissure mécanique | Pic de réflexion puis marche | Perte et réflectance | Connecteur : au plus 0,75 dB par paire selon la TIA-568, les cahiers des charges étant souvent plus stricts ; réflectance : seuil du cahier des charges, plus sévère pour les connecteurs APC |
| Courbure, écrasement | Marche sans pic, plus forte à 1 550 nm | Perte aux deux longueurs d’onde | Écart entre 1 310 et 1 550 nm |
| Fin de fibre, coupure | Pic (coupe franche, connecteur ouvert) ou simple chute (cassure irrégulière), puis bruit | Distance | Longueur attendue |
| Fantôme | Pic sans perte | Rien : c’est un artefact | À un multiple de la distance d’un pic réel |
| « Gainer » | Marche vers le haut | Perte à recalculer | Mesurer dans les deux sens |
Une bonne épissure par fusion peut être trop faible pour apparaître : le synoptique dit où chercher. Un pic sans perte là où il n’y a aucune connexion est sans doute un fantôme, dû à des allers-retours de lumière entre connecteurs très réfléchissants ; on le trouve souvent à un multiple de la distance d’un pic réel, par exemple de la longueur de la bobine amorce.
Zones mortes et bobines amorces
Après une forte réflexion, le détecteur est ébloui un court instant : c’est la zone morte. Fluke Networks en définit deux :
- la zone morte d’événement, distance minimale pour détecter un second événement réfléchissant, mesurée entre deux points situés 1,5 dB sous le sommet du pic ;
- la zone morte d’atténuation, distance après laquelle la perte de l’événement suivant devient mesurable, jusqu’au retour de la courbe à 0,5 dB de la droite de rétrodiffusion.
Elles s’allongent avec la largeur d’impulsion et la réflectance : Fluke Networks mesure, à 1 550 nm avec un détecteur InGaAs, une zone morte d’atténuation de 4,5 m à −51 dB de réflectance, mais de plus de 30 m à −30 dB.
Pour que le premier connecteur ne tombe pas dans cette zone, on intercale une bobine amorce entre l’appareil et la liaison ; une bobine de fin permet de mesurer aussi le dernier connecteur. Sa longueur doit dépasser la zone morte de l’appareil avec les réglages utilisés : suivez la recommandation du fabricant de votre OTDR.
Avant chaque mesure : nettoyer et inspecter. Un connecteur sale ajoute de la perte et de la réflexion, donc des zones mortes plus longues et des résultats faux. La norme IEC 61280-4-2 compte parmi ses références normatives l’examen visuel des connecteurs (IEC 61300-3-35) et leurs méthodes de nettoyage (IEC TR 62627-01). Nettoyez bobine, cordon et connecteur, puis contrôlez-les au microscope avant de les raccorder. La même norme renvoie à l’IEC 60825-2 sur la sécurité laser : ne regardez jamais dans une fibre ou un connecteur qui peut être sous tension lumineuse.
La mesure bidirectionnelle : pourquoi mesurer dans les deux sens
L’OTDR déduit la perte d’une épissure du niveau de rétrodiffusion de part et d’autre. Or deux fibres raccordées ne rétrodiffusent pas toujours autant, par exemple quand leur diamètre de mode diffère. CommScope explique que cet écart fait apparaître, selon le sens, une perte exagérée ou un « gainer », une marche vers le haut comme si l’épissure amplifiait le signal.
L’écart entre les deux sens peut donc être important. La seule méthode fiable : mesurer depuis chaque extrémité et faire la moyenne en gardant les signes. Exemple : une épissure lue à 0,25 dB dans un sens et à 0 dB dans l’autre perd environ 0,13 dB. CommScope rappelle que la spécification ANSI/TIA/EIA-455-8-2000 impose cette moyenne. En pratique :
- mesurez chaque fibre de A vers B puis de B vers A, avec les mêmes réglages et les mêmes bobines ;
- nommez les fichiers de façon systématique : câble, fibre, sens, longueur d’onde ;
- superposez les courbes, alignez les événements et calculez la moyenne de chacun.
Cet alignement se fait souvent dans un logiciel de post-mesure comme FiberCable, enseigné dans notre formation FiberCable.
Photométrie ou réflectométrie : deux mesures complémentaires
La photométrie place une source à une extrémité et un photomètre à l’autre : elle mesure directement l’affaiblissement total, celui que verra l’équipement de transmission. La réflectométrie, indirecte, localise chaque événement. L’OTDR ne remplace donc pas la mesure de l’affaiblissement au photomètre : comme le résume Fluke Networks, la norme TIA-568.3 fait de la mesure d’affaiblissement au photomètre (« Tier 1 ») la certification de base, et de la courbe OTDR (« Tier 2 ») un complément exigé quand le cahier des charges le prévoit.
| Critère | Photométrie | Réflectométrie (OTDR) |
|---|---|---|
| Accès | Les deux extrémités | Une extrémité (deux en bidirectionnel) |
| Mesure | Affaiblissement total | Longueur, atténuation, perte et réflectance de chaque événement |
| Localisation d’un défaut | Non | Oui |
| Usage principal | Comparer la perte au budget optique | Contrôler la pose, documenter, dépanner |
La norme IEC 61280-4-2, dont la troisième édition date de mai 2024, couvre les deux approches pour la fibre monomode installée : méthodes source-photomètre à un, deux ou trois cordons de référence (plus, depuis 2024, la méthode du cordon d’équipement), méthode OTDR et mesure de l’affaiblissement de réflexion optique (ORL). Pour les liaisons longue distance des opérateurs (40 à 160 km), la norme renvoie à la recommandation UIT-T G.650.3, qui s’appuie sur ces mêmes méthodes.
Réussir une recette : méthode et rapport
La recette permet au client, opérateur ou maître d’ouvrage, de réceptionner les travaux. Elle se prépare avant le chantier.
Les cinq étapes
- Préparer : synoptique, longueurs attendues, cahier des charges ou CCTP (longueurs d’onde, seuils, format des fichiers).
- Configurer : longueurs d’onde, impulsion, durée, indice de groupe, bobines, seuils de détection.
- Mesurer : chaque fibre, dans les deux sens, connecteurs nettoyés et inspectés.
- Analyser : rattacher chaque événement au synoptique, écarter les fantômes, comparer les moyennes aux seuils.
- Livrer : rédiger le rapport de recette et archiver les fichiers bruts.
Ce que contient un rapport de recette
- l’identification de la liaison : site, câble, tube, fibre, extrémités A et B ;
- les paramètres : appareil, longueurs d’onde, impulsion, durée, indice, bobines ;
- les courbes dans chaque sens et le tableau des événements (distance, perte, réflectance) ;
- les valeurs moyennées, la longueur et la perte totales ;
- un verdict conforme ou non conforme par seuil, avec un commentaire pour chaque anomalie ;
- les fichiers au format .SOR, dit « Bellcore », lu par la plupart des logiciels.
Ces courbes servent ensuite de référence : en cas de panne, on compare la nouvelle courbe à celle de l’installation pour voir ce qui a changé.
Se former à la mesure OTDR chez BOOTCAMP
La fibre progresse vite en Tunisie : selon le tableau de bord de l’INTT, le pays comptait 222 000 abonnements FTTH fin mars 2026, contre 112 000 un an plus tôt. La mesure valide ces réseaux avant leur mise en service (voir notre article devenir technicien fibre optique). BOOTCAMP, centre de formation technique fondé en 2018 à Tunis, propose deux formations complémentaires :
- Formation fibre optique OTDR et mesures (A2) : 140 heures (2 350 DT), dont environ 80 % de pratique. Vous configurez le réflectomètre selon le cahier des charges ou le CCTP, mesurez le bilan optique, interprétez les courbes et vous initiez au traitement des mesures dans FiberCable. L’atelier compte 3 réflectomètres OTDR, 20 soudeuses et 120 cliveuses et pinces, sur un chantier reconstitué du NRO au client. Des séances de rattrapage gratuites sont offertes après la formation.
- Formation FiberCable : 14 heures (980 DT) sur ce logiciel de « post-mesure » : fichiers .SOR, courbes bidirectionnelles, seuils et alarmes, macros, cahier de recette. Chaque participant travaille sur son propre poste.
Si vous débutez, la formation technicien fibre optique A1 (60 heures) apporte les bases et la soudure ; l’A2 reprend ce contenu, elle est donc accessible sans l’A1. Voir aussi nos formations en télécommunications, ou contactez notre équipe.
Questions fréquentes
Quelle différence entre un photomètre et un réflectomètre ?
Le photomètre, avec une source, mesure l’affaiblissement total entre les deux extrémités. Le réflectomètre, depuis une extrémité, localise chaque épissure, connecteur ou défaut.
Pourquoi une épissure apparaît-elle comme un gain ?
Parce que les deux fibres raccordées ne rétrodiffusent pas autant de lumière : si la seconde en renvoie davantage, la courbe remonte après l’épissure. Mesurée dans l’autre sens, la même épissure paraît trop forte. La moyenne des deux sens donne la perte réelle.
Faut-il mesurer à 1 310 nm et à 1 550 nm ?
C’est conseillé : comparer les deux longueurs d’onde révèle les courbures, qui font plus de perte à 1 550 nm. Le cahier des charges fixe les longueurs d’onde exigées.
Qu’est-ce qu’un fichier .SOR ?
Le format courant des mesures de réflectométrie, issu des travaux de Bellcore : il contient la courbe et les paramètres de la mesure.
Sources
- EXFO, « The Fundamentals of an OTDR », 12 janvier 2010
- Fluke Networks, « Attenuation and OTDR Event Dead Zones Explained », consulté en octobre 2026
- CommScope, « Gainer or High Splice Loss », 21 août 2018
- IEC 61280-4-2:2024, édition 3.0, 6 mai 2024
- UIT-T, recommandation G.650.3, août 2017
- Prysmian, fiche technique ESMF G.652.D, novembre 2023
- INTT, tableau de bord trimestriel, 1er trimestre 2026
- Fluke Networks, « Fiber Optic Link Loss Budget Calculation », consulté le 13 octobre 2026
- Fluke Networks, « OLTS & OTDR: A Complete Testing Strategy », consulté le 13 octobre 2026
- Fujikura Europe, fiche technique « 100S Core alignment fusion splicer », octobre 2025
