La mise à la terre est la moitié invisible de la protection des personnes : sans une bonne prise de terre, le différentiel ne protège pas comme prévu. Quelle valeur viser, d’où vient la règle des 50 V, que demande la STEG pour une installation photovoltaïque, et comment mesurer la résistance de terre sur le terrain ? Ce guide répond avec les textes et les notices des fabricants.
Mis à jour le 13 octobre 2026
À quoi sert la mise à la terre
Quand l’isolant d’un appareil cède, sa carcasse métallique peut se retrouver sous tension. Si cette carcasse est reliée à la terre, le courant de défaut s’écoule par le conducteur de protection (le fil vert et jaune) et la prise de terre ; le différentiel détecte cette fuite et coupe. Sans liaison à la terre, le courant attend un autre chemin : la personne qui touche l’appareil.
La règle de base vient du corps humain. Selon Chauvin Arnoux, les études menées par des médecins et des experts de la sécurité ont fixé à 50 V en courant alternatif la tension de contact permanente considérée comme non dangereuse dans les locaux secs ; elle peut être plus faible dans les milieux humides ou immergés. Toute la conception vise à ce qu’un défaut ne porte jamais une masse au-delà de cette tension sans coupure.
Le schéma TT, celui du réseau public tunisien
Le référentiel technique des installations photovoltaïques de la STEG décrit ainsi le réseau public basse tension : il est alimenté par des postes de transformation HTA/BT sous 230/400 V, son neutre est mis à la terre au poste et renforcé sur toute la longueur des lignes, et les clients sont raccordés en monophasé (2 fils) ou en triphasé (4 fils). Le schéma de liaison à la terre retenu est le schéma TT :
- premier T : le neutre est relié à la terre au niveau du poste de transformation ;
- second T : les masses de l’installation du client sont reliées à sa propre prise de terre.
Conséquence pratique : en cas de défaut, le courant revient au poste par le sol, à travers deux prises de terre. Il est souvent trop faible pour faire réagir un disjoncteur ordinaire. C’est le différentiel qui assure la coupure, et la qualité de la prise de terre du client fixe la tension que prennent les masses pendant le défaut.
Quelle valeur de prise de terre viser ?
La règle R × IΔn ≤ 50 V
En schéma TT, la tension prise par une masse en défaut vaut, à peu près, la résistance de la prise de terre (R) multipliée par le courant de fuite. Pour que le différentiel coupe avant que cette tension dépasse 50 V, on applique la loi d’Ohm au seuil du différentiel de tête : R × IΔn ≤ 50 V. Exemple de Chauvin Arnoux : avec un différentiel de 500 mA en tête, R = 50 V / 0,5 A = 100 Ω. La même fiche donne la correspondance complète :
| Sensibilité du différentiel de tête (IΔn) | Résistance maximale de la prise de terre |
|---|---|
| 3 A | 17 Ω |
| 1 A | 50 Ω |
| 500 mA | 100 Ω |
| 300 mA | 167 Ω |
| 100 mA | 500 Ω |
| 30 mA ou moins | plus de 500 Ω |
Ce tableau donne un maximum, pas un objectif. Une prise de terre de plusieurs centaines d’ohms « passe » avec un différentiel 30 mA, mais elle ne laisse aucune marge si un différentiel vieillit, si le sol s’assèche ou si une connexion se corrode.
Ce que demande la STEG pour le photovoltaïque
Pour les centrales photovoltaïques raccordées au réseau basse tension, le référentiel de la STEG est plus exigeant :
- dans le cas général, la résistance de la prise de terre ne doit pas dépasser 25 Ω ;
- si des équipements électroniques sensibles aux surtensions sont installés, il est recommandé d’adapter cette valeur à leur sensibilité ;
- en présence d’un paratonnerre, la prise de terre du paratonnerre, reliée à celle des masses, doit être inférieure ou égale à 10 Ω.
Le même référentiel impose un différentiel de 30 mA pour la protection des personnes dans les locaux d’habitation. Nous n’avons pas trouvé de texte tunisien public qui fixe une valeur de terre pour toutes les installations intérieures. La norme française NF C 15-100 sert de référence technique : le référentiel de la STEG la cite lui-même à plusieurs reprises, pour les câbles et les parafoudres.
Comment est réalisée une prise de terre
Pour un bâtiment existant, le référentiel de la STEG décrit la solution la plus pratique :
- 3 piquets d’au moins 2 m, enfoncés verticalement à une profondeur minimale de 1,5 m ;
- des barres en cuivre ou en acier recouvert de cuivre, d’au moins 15 mm de diamètre ;
- un regard qui reste visitable (il peut être sous le gazon, mais jamais rendu inaccessible) ;
- un conducteur d’au moins 25 mm² pour relier deux prises de terre entre elles ;
- pour une installation photovoltaïque, toutes les masses reliées à la terre par un conducteur d’équipotentialité vert et jaune d’au moins 6 mm².
La valeur obtenue dépend surtout du sol. Avant de construire, on peut mesurer sa résistivité (méthode de Wenner, avec quatre piquets alignés) pour choisir le meilleur emplacement et la forme de la prise de terre, comme l’explique la notice des contrôleurs de terre C.A 6460 et C.A 6462 de Chauvin Arnoux.
Mesurer la résistance de terre
Sécurité : la mesure de terre est un travail d’électricien. La méthode de référence se fait installation hors tension, après consignation (séparation, condamnation, vérification d’absence de tension, selon l’INRS), et demande d’ouvrir la barrette de terre. Pendant ce temps, les masses ne sont plus protégées. Ne l’entreprenez pas sans formation ni habilitation électrique, et pensez à refermer la barrette à la fin.
La méthode des 62 %, avec deux piquets auxiliaires
C’est la méthode que recommande Chauvin Arnoux dans la notice du C.A 6460 :
- Coupez l’alimentation de l’installation et déconnectez la prise de terre en ouvrant la barrette de terre.
- Raccordez l’appareil à la prise de terre à mesurer (borne E).
- Enfoncez le piquet de courant H aussi profondément que possible, à une distance « a » de la prise de terre. Plus la prise de terre est profonde, plus cette distance doit être grande ; si possible, plus de 25 m.
- Plantez le piquet de potentiel S sur la ligne entre la prise de terre et le piquet H, à 62 % de la distance « a ».
- Lancez la mesure et notez la valeur.
- Vérifiez : déplacez S de 10 % de « a » vers H et mesurez, puis de 10 % de « a » vers la prise de terre (depuis sa position initiale) et mesurez. Si les trois valeurs sont du même ordre, la mesure est correcte ; sinon, augmentez « a » et recommencez.
La méthode simplifiée à 2 fils
Quand la place manque pour planter des piquets à plusieurs dizaines de mètres, certains appareils proposent une mesure à 2 fils, qui s’appuie sur une terre de référence existante. Le testeur de terre UNI-T UT522 propose les deux : la mesure précise à 3 fils et la mesure simple à 2 fils, avec des calibres jusqu’à 4 000 Ω. La mesure à 3 fils reste la référence pour un procès-verbal. Il existe aussi des testeurs de prise qui estiment la terre depuis une prise 2P+T, sous tension : le MX 531 de Chauvin Arnoux le fait avec un courant inférieur à 15 mA pour ne pas faire déclencher le différentiel. C’est un contrôle rapide, pas une mesure de réception.
La pince de terre, sans piquet
Une pince de terre mesure la résistance de boucle sans planter de piquet ni déconnecter la terre. Fluke la présente comme une méthode destinée aux systèmes à terres multiples, reliées en parallèle (pylônes, sites télécoms, bâtiments industriels). Pour une prise de terre unique, celle d’une maison par exemple, il n’y a pas de boucle à mesurer : on revient à la méthode des 62 %. Entre les deux, la méthode sélective combine piquets et pince pour mesurer une électrode parmi plusieurs sans la débrancher.
La continuité des conducteurs de protection
Une bonne prise de terre ne sert à rien si le conducteur qui y mène est coupé ou desserré. Le référentiel de la STEG demande, pour les centrales photovoltaïques, un essai de continuité sur tout le circuit de terre, sous 4 à 24 V et 200 mA, avec une valeur maximale de 1 Ω.
Photovoltaïque et bornes de recharge : deux cas à soigner
Sur une installation photovoltaïque, les modules, les structures et les coffrets sont des masses métalliques exposées aux intempéries et à la foudre. Le cahier des charges de l’ANME pour les installateurs impose aux installateurs des mesures précises, dont la continuité de terre et la mesure de terre, à côté de l’isolement, de la polarité et de la tension à vide. Les valeurs à respecter sont celles de la STEG présentées plus haut.
Sur une borne de recharge, chaque point de recharge doit avoir son différentiel 30 mA dédié (Legrand), et ce différentiel n’assure la protection que si la prise de terre est bonne. Mesurez-la avant la pose : c’est l’une des étapes de diagnostic de notre guide pour installer une borne de recharge à la maison.
Mise à la terre insuffisante : que faire si la valeur est trop élevée ?
- Contrôlez d’abord les connexions : barrette, cosses, collier sur le piquet, corrosion.
- Ajoutez des piquets, suffisamment espacés, et reliez-les avec un conducteur de section adaptée (25 mm² minimum entre deux prises de terre selon la STEG).
- Vérifiez que la sensibilité du différentiel de tête reste compatible avec la valeur obtenue (tableau ci-dessus).
- Refaites la mesure et consignez-la dans le dossier de l’installation, avec la date et la méthode utilisée.
La mise à la terre se contrôle aussi dans le temps : une prise de terre correcte le jour de la réception peut se dégrader. Une mesure périodique fait partie d’une maintenance sérieuse, en photovoltaïque comme en bâtiment.
Apprendre la mesure de terre en atelier chez BOOTCAMP
À l’atelier, les candidats mesurent eux-mêmes avec un testeur de terre UT522, des testeurs de différentiels UT585 et un mégohmmètre Chauvin Arnoux CA6528, chacun sur son propre matériel. La formation électricien du bâtiment (60 heures) pose les bases : mesures, sécurité, dépannage. La formation photovoltaïque agréée ANME (installateur mainteneur basse tension, ouverte aux titulaires d’un BTS ou d’un DTS au minimum) applique ces mesures à la réception d’une centrale. La formation électricité et installation des bornes de recharge (60 heures) les applique aux bornes. Pour le contexte, lisez aussi notre article sur la maintenance d’une installation photovoltaïque.
Sources
- STEG, référentiel technique des installations photovoltaïques, consulté le 13 octobre 2026
- Chauvin Arnoux, « La mesure de terre » (fiche MX 531), octobre 2021
- Chauvin Arnoux, notice des contrôleurs de terre C.A 6460 et C.A 6462, mai 2000
- UNI-T, testeurs de terre série UT520 (UT521, UT522), consulté le 13 octobre 2026
- Fluke, « Stakeless Measurement », consulté le 13 octobre 2026
- Fluke, « Selective Measurement », consulté le 13 octobre 2026
- Legrand, « Quel type de différentiel dois-je utiliser sur mon installation électrique ? », consulté le 13 octobre 2026
- ANME, cahier des charges des entreprises d’installation photovoltaïque, octobre 2023
- INRS, « Opérations sur les installations électriques », consulté le 13 octobre 2026
