Installer une borne de recharge à la maison est la façon la plus pratique de recharger une voiture électrique, à condition que l’installation électrique suive. Puissance, monophasé ou triphasé, différentiel, section de câble, essais de mise en service : voici ce qu’il faut vérifier, et les erreurs à éviter.
Mis à jour le 7 octobre 2026
Prise ordinaire, prise renforcée ou borne : que choisir ?
- La prise ordinaire, avec le câble du constructeur (« mode 2 » : un boîtier de contrôle est intégré au câble), reste une solution de dépannage. Test-Achats la déconseille pour la recharge courante : une prise n’est pas conçue pour fonctionner longtemps à pleine puissance.
- La prise renforcée, toujours en mode 2, utilise un socle prévu pour la recharge, sur un circuit dédié.
- La borne murale (wallbox), en « mode 3 », est un appareil fixe qui dialogue avec le véhicule avant et pendant la charge. C’est la solution adaptée à une recharge quotidienne et plus rapide.
Dans les deux derniers cas, la norme française NF C 15-100, utile comme repère, impose un circuit par point de recharge, protégé par un disjoncteur différentiel 30 mA (Legrand).
Choisir la puissance : monophasé ou triphasé
Les bornes domestiques existent surtout en quatre puissances, selon le branchement et l’intensité maximale (Test-Achats, TotalEnergies) :
| Puissance | Branchement | Intensité | Dans quel cas ? |
|---|---|---|---|
| 3,7 kW | Monophasé | 16 A | Véhicule limité à 3,7 kW ou faible marge au compteur |
| 7,4 kW | Monophasé | 32 A | Recharge de nuit sur un branchement monophasé |
| 11 kW | Triphasé | 16 A | Logement en triphasé, véhicule qui accepte 11 kW |
| 22 kW | Triphasé | 32 A | Seulement si le véhicule et le branchement le permettent |
Le véhicule fixe la première limite
En courant alternatif, c’est le chargeur embarqué de la voiture qui convertit le courant pour la batterie : la charge se fait à la plus faible des deux puissances, celle de la borne ou celle du véhicule. TotalEnergies donne l’exemple de la BMW 225xe, une hybride rechargeable qui accepte au plus 3,7 kVA : une borne de 11 kW ne la rechargera donc pas plus vite. Vérifiez donc la puissance de charge en courant alternatif dans la fiche technique du véhicule.
Votre branchement fixe la seconde
Une borne de 7,4 kW appelle 32 A pendant des heures, en plus de la cuisson ou de la climatisation : vérifiez le type de branchement et la puissance disponible au compteur. Si la marge manque, choisissez une puissance plus faible, une borne à gestion dynamique (elle réduit sa puissance quand la maison consomme beaucoup, grâce à un capteur posé au tableau), ou demandez une modification d’abonnement à la STEG.
Selon Idaraty, le portail officiel de l’administration tunisienne, la demande se dépose au district STEG concerné, avec une copie de la carte d’identité et une facture ou la référence de l’abonnement. Suivent une visite sur place, le paiement d’un devis, des travaux réalisés par des sociétés agréées, leur contrôle, puis la mise à jour du dossier. Aucun délai ni tarif n’est indiqué.
Un calcul simple pour décider
En huit heures, une borne de 7,4 kW fournit au plus environ 59 kWh (7,4 × 8), une borne de 3,7 kW environ 30 kWh. Comparez avec votre besoin quotidien : distance × consommation du véhicule (kWh/100 km).
Les protections : circuit dédié, différentiel et section de câble
Un circuit dédié par point de recharge
Chaque borne ou prise renforcée a son propre circuit depuis le tableau, avec sa propre protection différentielle. C’est ce que prévoit la NF C 15-100 (Legrand). Au Royaume-Uni, la section 722 de la norme BS 7671 exige elle aussi une protection différentielle individuelle pour chaque point de recharge (BEAMA).
Quel différentiel : type A, F ou B ?
- Le minimum : un différentiel 30 mA de type A ou F, qui détecte les défauts en courant alternatif et en courant continu pulsé. La NF C 15-100 le fixe comme protection minimale pour une prise renforcée comme pour une borne monophasée (Legrand).
- Les défauts en courant continu lisse : au-delà de 6 mA, ils peuvent empêcher un différentiel de type A de fonctionner (au-delà de 10 mA pour un type F). Le guide de l’association britannique BEAMA, préparé avec des fabricants comme ABB, Hager, Legrand et Schneider Electric, rappelle que la norme britannique exige une protection contre ces défauts. Elle peut être intégrée à la borne (on parle de RDC-DD) ; sinon, il faut un différentiel de type B, ou un type A ou F associé à un RDC-DD.
Vérifiez dans la notice de la borne si la détection 6 mA en courant continu est intégrée et quel différentiel elle demande en amont.
Attention aux différentiels en cascade
Selon le guide BEAMA, un différentiel de type AC en amont d’un type A, F ou B, ou un type A ou F en amont d’un type B, peut être perturbé par les courants de défaut que l’appareil en aval surveille, jusqu’à ne plus fonctionner. Seule exception : en amont d’un type B, une combinaison déclarée compatible par le fabricant du différentiel. Vérifiez donc le différentiel de tête.
Section de câble et calibre du disjoncteur
À titre de repère, voici les minimums de la NF C 15-100 pour des conducteurs en cuivre, d’après le tableau du fabricant de câbles Nexans :
| Point de recharge | Section minimale | Disjoncteur (calibre maximal) |
|---|---|---|
| Prise renforcée ou borne 16 A (3,7 kW mono, 11 kW tri) | 2,5 mm² | 20 A |
| Borne 32 A monophasée (7,4 kW) | 10 mm² | 40 A |
| Borne 32 A triphasée (22 kW) | 10 mm² | 40 A |
Ce sont des minimums : sur une grande longueur, la chute de tension peut imposer une section supérieure, et la notice de la borne s’applique si elle est plus exigeante. La protection des personnes repose aussi sur une bonne mise à la terre, à mesurer avant la pose.
Installer une borne de recharge à la maison : les étapes
- Diagnostic : tableau, branchement, puissance disponible, différentiel de tête, prise de terre, trajet du câble.
- Choix de la borne et de l’emplacement : puissance, longueur du câble de charge, protection contre la pluie et les chocs si elle est dehors.
- Démarches STEG, si le branchement doit évoluer.
- Pose : circuit dédié, protections adaptées, câble à la bonne section, fixation selon la notice.
- Paramétrage : courant maximal réglé selon la section du câble et la protection du circuit, gestion dynamique, application ou badges pour une borne communicante.
- Essais et mise en service, détaillés ci-dessous.
- Remise d’un dossier : schéma, références du matériel, réglages et résultats des mesures.
Les essais avant de déclarer la borne prête
Une borne qui charge n’est pas forcément une borne sûre. Les essais se font avec un adaptateur branché à la place du véhicule, associé à un contrôleur d’installation. La fiche de l’analyseur Fluke FEV350 résume les contrôles à mener :
- absence de tension dangereuse sur le conducteur de protection, puis contrôle visuel ;
- continuité de la terre, isolement et impédance de boucle, avec un contrôleur multifonction ;
- déclenchement du différentiel 30 mA et de la détection 6 mA en courant continu ;
- tension et, en triphasé, ordre des phases ;
- signal pilote (CP), qui porte le dialogue borne-véhicule, et signal de proximité (PP), qui indique le câble branché et son intensité admissible ;
- simulation de défauts, pour vérifier que la borne coupe la charge.
Terminez par une charge réelle avec le véhicule, en contrôlant la puissance obtenue et l’échauffement des raccordements.
Réglementation en Tunisie : ce qui existe et ce qui manque
Installer une borne de recharge à la maison est possible en Tunisie. Dans un entretien à La Presse en mars 2026, le directeur général de l’ANME précisait qu’en général la borne est fournie gratuitement avec le véhicule électrique et que le client ne paie que l’installation.
En revanche, nous n’avons trouvé aucun texte tunisien publié propre à l’installation d’une borne à domicile, ni de qualification obligatoire pour l’installateur. Le cahier des charges de l’ANME porte sur l’investissement dans les réseaux de recharge, et il était encore en préparation en août 2026 (La Presse). Côté prix, la loi de finances 2026 fait passer les droits de douane sur les bornes à 10 % et la TVA à 7 %, jusqu’au 31 décembre 2028 (Managers). Le contexte est détaillé dans notre article sur le marché de l’IRVE en Tunisie.
À retenir : faute de règles tunisiennes propres à la recharge à domicile, suivez la notice du fabricant de la borne et les normes internationales de la recharge et des installations basse tension. Confiez les travaux à un électricien compétent et gardez le dossier de l’installation : il servira en cas de panne, de contrôle ou de nouveau texte.
Les erreurs à éviter
- Recharger tous les jours sur une prise ordinaire, a fortiori avec une rallonge ou une multiprise.
- Brancher la borne sur un circuit existant.
- Choisir la puissance sans vérifier le véhicule ni le branchement : une borne de 11 kW ne recharge pas plus vite une voiture limitée à 7,4 kW.
- Oublier la protection contre les défauts en courant continu quand la borne n’intègre pas de détection 6 mA.
- Ignorer le différentiel de tête, qui peut être perturbé par l’installation de recharge.
- Sous-dimensionner le câble ou négliger sa longueur.
- Laisser la borne à son courant maximal sans tenir compte du câble et de la protection du circuit.
- Sauter les essais et se contenter d’une charge qui démarre.
Se former à l’installation des bornes de recharge
Poser une borne demande des bases solides en électricité (voir le secteur électricité) et la pratique du matériel : chaque marque a son câblage et son paramétrage. À Tunis (Belvédère), BOOTCAMP forme sur 8 bornes de marques différentes, dont Schneider Electric, Tesla, Hager, Wallbox et KEBA : c’est le seul centre en Tunisie à en disposer pour la formation IRVE, et le seul équipé des appareils de mesure et de test propres aux bornes. En atelier, chaque candidat travaille sur son propre matériel.
- Vous êtes électricien : la formation IRVE pour électriciens (30 heures) couvre les normes, le choix de la puissance et des protections, les bornes communicantes, les essais et la recette.
- Vous partez de zéro : la formation électricité et installation des bornes de recharge (60 heures) commence par l’électricité du bâtiment.
- Vous voulez d’abord un socle en électricité : la formation électricien du bâtiment (60 heures).
Ces formations sont validées par un certificat BOOTCAMP. Pour les prochaines sessions, contactez-nous.
Questions fréquentes
Peut-on recharger une voiture électrique sur une prise ordinaire ?
Ponctuellement, oui. Pour la recharge courante, Test-Achats le déconseille : préférez une prise renforcée ou une borne.
Quelle puissance de borne choisir pour une maison ?
En monophasé, 7,4 kW (32 A) au plus, ou 3,7 kW pour un véhicule limité à cette puissance ; en triphasé, 11 kW si le véhicule l’accepte. Vérifiez aussi la puissance disponible au compteur.
Faut-il un différentiel de type B pour une borne de recharge ?
Pas forcément. Il faut au minimum un différentiel 30 mA de type A ou F dédié. La norme britannique BS 7671 exige en plus une protection contre les défauts en courant continu de plus de 6 mA : si la borne l’intègre, le type A ou F suffit ; sinon, il faut un type B, ou un type A ou F associé à un RDC-DD.
Quelle section de câble pour une borne de 7,4 kW ?
D’après le tableau NF C 15-100 publié par Nexans, 10 mm² en cuivre au minimum, avec un disjoncteur de 40 A au plus. Une grande longueur peut imposer davantage.
Faut-il une autorisation pour installer une borne à domicile en Tunisie ?
En octobre 2026, nous n’avons trouvé aucun texte publié qui l’impose à un particulier. Une modification du branchement passe en revanche par la STEG.
Sources
- Test-Achats, 4 mai 2026
- TotalEnergies, FAQ consultée en octobre 2026
- Legrand, infographie NF C 15-100, consultée en octobre 2026
- BEAMA, guide RCD pour la recharge, mars 2025
- Nexans, tableau des sections, mis en ligne en mars 2022
- Fluke, fiche FEV350, consultée en octobre 2026
- Idaraty, procédure STEG, mise à jour le 3 juin 2026
- La Presse, 10 mars 2026
- La Presse, 19 août 2026
- Managers, 17 mars 2026
