IRVE en Tunisie : marché des bornes, règles et métier

IRVE en Tunisie : marché, réglementation et métier d’installateur

Le marché de l’IRVE en Tunisie, c’est-à-dire des infrastructures de recharge pour véhicules électriques, reste petit mais grandit vite : les ventes de voitures électriques ont fortement progressé en 2026 et l’État a allégé la fiscalité des véhicules comme des bornes. Le cadre réglementaire, lui, est encore en construction. Voici où en est le marché, ce que disent les textes et les normes, et ce qu’il faut savoir faire pour devenir installateur de bornes de recharge.

Mis à jour le 7 octobre 2026

IRVE en Tunisie : un marché naissant, mais en forte croissance

Des ventes de voitures électriques qui décollent

Les chiffres d’immatriculation publiés par Webdo en août 2026 montrent un net changement de rythme : 539 voitures 100 % électriques immatriculées sur toute l’année 2025, puis 1 543 entre janvier et juillet 2026, soit presque le triple du total de 2025 en sept mois. Il faut y ajouter 2 177 hybrides rechargeables sur la même période, qui se branchent elles aussi sur une prise ou une borne. Sur ces sept mois, les voitures électriques représentent environ 3,7 % des immatriculations.

La part reste modeste, mais la tendance est nette, et chaque véhicule vendu crée un besoin de recharge : à domicile, au travail, dans les parkings et sur les grands axes.

Combien de points de recharge ?

Nous n’avons pas trouvé de recensement public et détaillé des points de recharge. Les ordres de grandeur viennent des déclarations du directeur général de l’ANME (Agence nationale pour la maîtrise de l’énergie), et ils ne concordent pas tout à fait :

  • en mars 2026, il évoque 200 points de recharge pour environ 1 000 véhicules électriques (La Presse, via AllAfrica) ;
  • en avril 2026, il parle d’environ 200 points de recharge pour plus de 400 véhicules électriques en circulation (La Presse, via AllAfrica).

Les articles n’expliquent pas l’écart sur le nombre de véhicules. Un repère simple : rien qu’en 2025 et sur les sept premiers mois de 2026, plus de 2 000 voitures 100 % électriques ont été immatriculées (539 + 1 543, selon Webdo). Le nombre de points de recharge, lui, reste de l’ordre de quelques centaines.

Fiscalité : des avantages pour les véhicules et pour les bornes

Les dernières lois de finances ont rendu la voiture électrique et son équipement de recharge moins chers. Voici les principales mesures rapportées par la presse économique tunisienne.

Mesure Ce qui change Source
Loi de finances 2024, voitures 100 % électriques TVA ramenée de 19 % à 7 % ; réduction de 50 % des taxes d’immatriculation et de la vignette Kapitalis, 18/09/2024
Loi de finances 2026, hybrides rechargeables Plus de droit de consommation ; TVA à 7 % Managers, 17/03/2026
Loi de finances 2026, bornes de recharge Droits de douane à 10 % et TVA à 7 %, jusqu’au 31 décembre 2028 Managers, 17/03/2026
Droits de douane, voitures 100 % électriques Exonération totale, selon la presse African Manager, 03/09/2026
Prime à l’achat Prime annoncée de 10 000 DT pour les entreprises, les établissements publics, les collectivités locales et les taxis (projet pilote pour ces derniers) Managers, 26/02/2026

La mesure qui touche directement les installateurs est la troisième : d’après la note commune n° 6 de la DGELF citée par Managers, les bornes bénéficient de droits de douane et d’une TVA réduits jusqu’à fin 2028. Avant de chiffrer un devis, vérifiez tout de même les taux en vigueur auprès de votre fournisseur : un article de presse résume un texte, il ne le remplace pas.

Objectifs 2030 : des annonces qui varient

Tout le monde s’accorde sur la direction, beaucoup moins sur les chiffres. Selon la date et l’interlocuteur, l’objectif de recharge pour 2030 change nettement :

Annonce Objectif 2030 Autres précisions
Webdo, 24/02/2026 50 000 véhicules électriques et 5 000 bornes 125 000 véhicules et 12 000 bornes publiques en 2035
Directeur général de l’ANME, La Presse, 25/04/2026 10 000 points de recharge Non précisé
Webdo, 20/05/2026 Plus de 7 000 points de recharge Convention annoncée entre l’ANME et Tunisie Autoroutes pour équiper les autoroutes

Deux remarques pour lire ces chiffres. D’abord, une borne peut comporter plusieurs points de recharge : « 5 000 bornes » et « 10 000 points » ne sont donc pas forcément contradictoires. Ensuite, ce sont des objectifs, pas des réalisations. En juillet 2024, African Manager annonçait déjà 160 bornes à installer par l’ANME, la STEG et l’AGIL pour 2025, dans le prolongement d’un protocole STEG–AGIL de 2020 ; nous n’avons pas trouvé de bilan publié de ce programme. Pour un installateur, la tendance est à la hausse, mais son rythme dépendra des décisions à venir.

Réglementation de la recharge : un cadre en préparation

En Tunisie : la recharge devient une activité, le cahier des charges se prépare

Selon La Presse (19 août 2026), l’activité de recharge des véhicules électriques a été intégrée à la Nomenclature tunisienne des activités : on peut l’exercer comme activité économique et obtenir un identifiant fiscal. L’ANME travaille à un cadre réglementaire pour cette activité, et notamment à un cahier des charges relatif à l’investissement dans les réseaux de recharge. Ce texte doit fixer les conditions techniques et réglementaires auxquelles devront se conformer les investisseurs et les exploitants ; à cette date, il était encore en préparation.

Les orientations présentées par l’ANME prévoient notamment :

  • des bornes dans les parkings des établissements publics ;
  • la possibilité, pour un commerce ou une station-service dont ce n’est pas l’activité principale, d’investir dans la recharge ;
  • l’obligation d’afficher le tarif du service de recharge.

À retenir : à la date de mise à jour de cet article, nous n’avons trouvé en Tunisie ni qualification obligatoire propre aux installateurs de bornes, ni cahier des charges publié pour les opérateurs de recharge. Le texte de l’ANME est en préparation et ses exigences techniques pourraient concerner directement les installateurs. Une installation conforme aux normes internationales et bien documentée reste la meilleure façon d’être prêt.

En France : une qualification obligatoire

Si vous visez un poste ou des chantiers en France, le cadre est très différent. Depuis le décret n° 2017-26, tout installateur de points de recharge de plus de 3,7 kW doit être qualifié (Qualifelec), selon les modalités précisées par l’arrêté du 27 octobre 2021. Qualifelec distingue trois niveaux d’installation :

  • IRVE 1 : installations de moins de 36 kVA (un domaine « Pilotage » s’y ajoute pour les bornes communicantes) ; formation P1 exigée ;
  • IRVE 2 : installations communicantes de plus de 36 kVA ; formations P1 et P2 ;
  • IRVE 3 : stations de recharge rapide en courant continu ; formations P2 et P3.

La qualification est attribuée à l’entreprise qui réalise les travaux en France, sur justification des formations P1, P2 ou P3 requises. Un certificat obtenu en Tunisie ne la remplace pas. En revanche, maîtriser les contenus P1 et P2 vous donne une base solide pour ce parcours.

Normes techniques : IEC 61851, modes 1 à 4, AC et DC

La norme internationale de référence pour la recharge par câble est l’IEC 61851-1. Elle définit quatre modes de charge, à connaître avant de conseiller un client (All About Circuits) :

  • Mode 1 : le véhicule est branché sur une prise standard, sans protection dédiée à la recharge ;
  • Mode 2 : prise standard, mais avec un boîtier de contrôle et de protection intégré au câble ;
  • Mode 3 : borne ou wallbox fixe en courant alternatif, sur un circuit dédié, qui communique avec le véhicule ;
  • Mode 4 : chargeur externe en courant continu, celui de la recharge rapide.

AC ou DC : où se fait la conversion ?

Une batterie se charge en courant continu. En recharge AC (modes 1 à 3), la borne fournit du courant alternatif et c’est le chargeur embarqué du véhicule qui le convertit : la puissance réelle dépend donc aussi de la voiture. En recharge DC (mode 4), la conversion se fait dans la borne, qui alimente directement la batterie. C’est plus rapide, mais le matériel est plus coûteux et demande un raccordement plus puissant. En pratique, les installations résidentielles et la plupart des parkings d’entreprise relèvent du mode 3, tandis que la charge rapide en DC vise surtout les grands axes et les stations-service.

Pour le reste, ce sont les règles de l’installation électrique basse tension qui s’appliquent : circuit dédié, protections adaptées, mise à la terre de qualité.

Le métier d’installateur IRVE : les compétences attendues

Un installateur IRVE est d’abord un électricien (voir nos formations du secteur électricité). Il intervient chez des particuliers qui veulent une wallbox au garage, dans des entreprises qui équipent leur parking ou leur flotte, chez des commerçants et dans les stations-service. Quatre blocs de compétences reviennent sur tous les chantiers.

1. Les bases de l’électricité du bâtiment

Lire un schéma unifilaire, réaliser un circuit dédié, choisir une section de câble et le calibre d’une protection, intervenir dans un tableau électrique. Avant les travaux, il faut aussi vérifier que l’installation existante supporte une charge longue et continue.

2. Les protections et la sécurité

Une borne appelle une puissance élevée pendant plusieurs heures. L’installateur doit savoir choisir le disjoncteur et le dispositif différentiel adapté aux défauts que peut produire l’électronique de recharge, contrôler la mise à la terre et travailler en sécurité selon les règles de prévention du risque électrique (norme NF C 18-510 pour l’habilitation en France).

3. La mise en service et les mesures

Une installation n’est terminée qu’après les essais : continuité de la terre, résistance d’isolement, valeur de la prise de terre, test du différentiel, vérification du dialogue entre la borne et le véhicule, puis remise d’un dossier au client. Ces mesures demandent des appareils adaptés et l’habitude de s’en servir.

4. Les bornes communicantes

C’est ce qui distingue un installateur IRVE d’un électricien classique. Les bornes récentes se connectent au réseau : il faut les paramétrer, gérer le contrôle d’accès, configurer un gestionnaire de bornes et piloter la puissance quand plusieurs bornes partagent le même abonnement. Des notions de réseau (protocole TCP/IP) deviennent indispensables dès qu’on installe une grappe de bornes dans un parking.

Ces compétences mènent à plusieurs métiers : technicien chez un installateur électrique ou un distributeur de bornes, technicien de maintenance pour un futur opérateur de recharge, ou installateur à son compte. Pour les électriciens qui posent déjà des installations photovoltaïques, c’est un complément naturel : les deux activités se rejoignent chez les clients qui veulent recharger leur voiture avec leur production solaire (voir le secteur énergie).

Se former à l’IRVE à Tunis

Le métier s’apprend en grande partie les mains sur le matériel : chaque marque a son câblage, son interface de paramétrage et ses particularités de mise en service. C’est pourquoi BOOTCAMP a équipé son atelier de Tunis (Belvédère) de 8 bornes de recharge de marques différentes, dont Schneider Electric, Tesla, Hager, Wallbox et KEBA. BOOTCAMP est ainsi le seul centre en Tunisie à disposer de 8 bornes de marques différentes pour la formation IRVE, et le seul équipé des différents appareils de mesure et de test propres à l’IRVE. Pendant les travaux pratiques, chaque stagiaire travaille sur son propre matériel.

Deux parcours existent selon votre niveau :

Si vous voulez d’abord consolider votre socle, la formation électricien (60 heures) couvre les montages, les mesures et le dépannage. Les deux formations IRVE reprennent les thèmes des niveaux P1 et P2 et sont validées par un certificat BOOTCAMP, qui n’est pas une qualification Qualifelec. Ce certificat évite toutefois de refaire toute la formation en France : le candidat règle seulement les frais d’examen chez BOOTCAMP France et passe le test.

Questions fréquentes

Faut-il un agrément pour installer une borne de recharge en Tunisie ?

En octobre 2026, nous n’avons trouvé aucune qualification obligatoire propre aux installateurs de bornes en Tunisie. Le cahier des charges que prépare l’ANME pourrait fixer de nouvelles exigences : suivez sa publication.

Combien y a-t-il de bornes de recharge en Tunisie ?

Environ 200 points de recharge, selon le directeur général de l’ANME en mars et en avril 2026 (La Presse). Nous n’avons pas trouvé de recensement public détaillé.

Quelle est la différence entre une recharge AC et une recharge DC ?

En AC (modes 1 à 3 de l’IEC 61851), le chargeur embarqué du véhicule convertit le courant. En DC (mode 4), la conversion se fait dans la borne : c’est la recharge rapide.

Un certificat IRVE obtenu en Tunisie est-il valable en France ?

En France, la qualification IRVE est exigée pour les points de recharge de plus de 3,7 kW (Qualifelec) et elle est attribuée à l’entreprise. Un certificat de formation tunisien ne la remplace pas, mais il atteste de compétences que vous pouvez faire valoir auprès d’un employeur.

Faut-il être électricien pour devenir installateur IRVE ?

Oui, les bases de l’électricité sont indispensables. Si vous ne les avez pas, choisissez un parcours qui les inclut, comme la formation électricité et bornes de recharge de 60 heures. Pour connaître les prochaines sessions, contactez-nous.

Sources

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