Une borne de recharge entreprise ne se choisit pas comme une borne de maison. Il faut d’abord savoir combien de véhicules rechargeront, pendant combien de temps, et surtout quelle puissance le site peut fournir sans dépasser son abonnement. Ce guide passe en revue les choix techniques d’un projet en entreprise, sur un parking ou dans une station-service : courant alternatif ou continu, étude de puissance, délestage, supervision OCPP, badges, comptage et protections.
Mis à jour le 13 octobre 2026
Borne de recharge entreprise : trois usages, trois cahiers des charges
Avant de parler de kilowatts, définissez qui recharge :
- La flotte de l’entreprise et les salariés : les véhicules restent garés plusieurs heures. Une recharge lente ou moyenne en courant alternatif suffit, à condition de bien répartir la puissance entre les places.
- Les visiteurs et les clients (commerce, hôtel, parking) : l’accès doit être contrôlé, et la recharge éventuellement facturée.
- Le passage (station-service, axe routier) : l’arrêt dure peu, il faut une recharge rapide en courant continu, avec une alimentation électrique en conséquence.
En Tunisie, ce dernier cas se prépare. Selon La Presse (19 août 2026), l’ANME élabore un cahier des charges pour les investisseurs et les exploitants de réseaux de recharge. L’activité a été ajoutée à la Nomenclature tunisienne des activités, et une borne pourra être installée dans un commerce ou une station-service, sous réserve de respecter ce cahier des charges et d’afficher le tarif de la recharge. Le contexte général est détaillé dans notre article sur le marché de l’IRVE en Tunisie.
Courant alternatif ou continu : quelle puissance choisir ?
La norme IEC 61851-1 distingue les modes de recharge. En entreprise, on utilise surtout le mode 3 (courant alternatif, borne dédiée qui dialogue avec le véhicule) et, pour la recharge rapide, le mode 4 (courant continu, le chargeur est dans la borne). Les prises et les modes sont détaillés dans notre article sur les modes de recharge et prises de voiture électrique.
Les fiches de Schneider Electric donnent des ordres de grandeur concrets :
| Borne (exemple) | Alimentation | Puissance | Usage typique |
|---|---|---|---|
| EVlink Pro AC, monophasée | 230 V, 32 A | 7,4 kW | Salariés, flotte garée la journée |
| EVlink Pro AC, triphasée | 400 V, 32 A | 22 kW | Flotte, parking de courte durée |
| EVlink Pro DC, 2 sorties CCS2 | 400 V triphasé, 291 à 323 A | 180 kW | Station-service, recharge de passage |
Sources : brochure EVlink Pro AC et fiche produit EVlink Pro DC 180 kW de Schneider Electric. Le véhicule limite aussi la puissance : un modèle dont le chargeur embarqué accepte 11 kW ne chargera pas plus vite sur une borne de 22 kW.
La dernière ligne du tableau montre l’enjeu : une seule borne rapide de 180 kW appelle environ 300 A par phase. Un tel appel de puissance se prépare avec le distributeur d’électricité, bien avant la pose.
L’étude de puissance disponible
C’est l’étape qui fait réussir ou échouer un projet de borne de recharge entreprise. Le référentiel technique de la STEG rappelle que la puissance souscrite par le client est contrôlée au tableau de comptage par un disjoncteur : si la somme des consommations la dépasse, tout le site disjoncte. L’étude suit donc quatre questions :
- Quelle est la puissance souscrite et quelle part est déjà consommée aux heures où les véhicules seront branchés ? Les relevés de consommation et les factures donnent la réponse.
- Combien de points de recharge, à quelle puissance ? Dix bornes de 22 kW représentent 220 kW si elles chargent toutes en même temps.
- La marge suffit-elle ? Sinon, trois leviers : réduire la puissance par point, piloter la recharge (voir plus bas) ou augmenter l’abonnement. Pour un site alimenté en moyenne tension, l’étude porte aussi sur le transformateur.
- Le câblage suit-il ? Tableau dédié, sections de câbles, chutes de tension sur les longues distances d’un parking, cheminement et protection mécanique des câbles.
Pour la démarche de modification d’abonnement auprès de la STEG, voyez notre guide pour installer une borne de recharge à la maison : la procédure de demande y est décrite.
Délestage et gestion dynamique de la charge
Piloter la recharge permet d’installer plus de points sans augmenter l’abonnement. Hager décrit deux modes pour son gestionnaire witty :
- Gestion statique : une part fixe de la puissance du site est réservée au parc de bornes, et partagée entre les véhicules branchés.
- Gestion dynamique : le gestionnaire tient compte de la consommation totale du bâtiment pour ne jamais dépasser la puissance souscrite. Quand l’atelier ou la climatisation consomme, les bornes ralentissent ; quand le site est calme, elles accélèrent.
Ce gestionnaire pilote jusqu’à 20 points de charge et gère aussi les badges et les priorités (un véhicule d’astreinte avant un véhicule de service, par exemple). Chez Schneider Electric, la gestion de charge de l’EVlink Pro AC passe par un compteur externe pour une borne seule, ou par un logiciel de gestion pour un groupe de bornes. Dans tous les cas, la mesure de la consommation du bâtiment doit être fiable : un capteur mal placé fausse tout le délestage.
Supervision OCPP : faire parler les bornes
L’OCPP (Open Charge Point Protocol) est le protocole ouvert qui relie une borne à une plateforme de supervision : démarrage et arrêt des sessions, autorisation des badges, relevés de consommation, diagnostic à distance, consignes de puissance. Il est publié par l’Open Charge Alliance, qui maintient trois versions :
- OCPP 1.6 : la version la plus répandue sur les bornes actuelles. Les fiches EVlink Pro AC et EVlink Pro DC de Schneider Electric indiquent toutes deux l’OCPP 1.6.
- OCPP 2.0.1 : refonte du protocole, acceptée comme norme IEC en octobre 2024 selon l’Open Charge Alliance.
- OCPP 2.1 : publiée en janvier 2025, elle prolonge la 2.0.1 et ajoute notamment la recharge bidirectionnelle (ISO 15118-20) et le pilotage de ressources énergétiques. Elle est parue comme norme IEC 63584-210:2025 en décembre 2025.
Conseil pratique : vérifiez que la borne et la plateforme de supervision parlent la même version. Une borne 1.6 ne se connecte pas d’elle-même à une plateforme qui n’accepte que la 2.0.1. Demandez aussi qui exploite la supervision (l’entreprise ou un opérateur) et comment les bornes y accèdent : Ethernet, Wi-Fi ou 4G.
Badges RFID et comptage
Le contrôle d’accès se fait le plus souvent par badge RFID ou NFC : la brochure EVlink Pro AC cite des lecteurs conformes aux normes ISO/IEC 14443 A et B. Pour refacturer l’énergie à un salarié ou à un client, il faut un comptage fiable : certaines références AC intègrent un compteur MID, et la borne DC de 180 kW affiche un compteur de classe 1 par sortie. Le choix se fait dès la commande, car un compteur s’ajoute difficilement après coup.
Protections électriques : différentiel de type A, EV ou B
La norme française NF C 15-100, dans sa partie 7-722 consacrée à la recharge des véhicules (voir Legrand), impose un circuit dédié avec sa propre protection différentielle. Selon la FAQ de Legrand :
- chaque point de recharge doit avoir un différentiel 30 mA dédié ;
- la norme demande un différentiel 30 mA de type B, qui détecte aussi les courants de fuite continus ;
- si la borne intègre une détection des fuites de 6 mA en courant continu (on parle de RDC-DD), un différentiel de type A ou F, moins coûteux, suffit en amont.
Exemple : la brochure Schneider Electric indique que l’EVlink Pro AC intègre ce RDC-DD 6 mA et n’exige donc qu’un type A en amont. Si la borne n’a pas de RDC-DD, il existe aussi des différentiels de type A qui surveillent eux-mêmes les fuites continues jusqu’à 6 mA, selon la norme IEC 62955 : c’est le cas de l’IDA-EV de Circutor, d’où l’appellation « A-EV ». Lisez toujours la notice de la borne : c’est elle qui dit quelle protection placer en amont.
En Tunisie, nous n’avons pas trouvé de texte qui impose une norme propre aux bornes ; la NF C 15-100 sert de repère technique. Ajoutez la protection contre les surintensités, un parafoudre selon l’exposition du site, et une prise de terre mesurée avant la mise en service.
Sécurité : la pose, le raccordement au tableau et les essais sont l’affaire d’électriciens habilités (voir notre article sur les niveaux d’habilitation électrique). Toute intervention sur le tableau commence par la mise hors tension et la consignation de la partie concernée : séparation, condamnation, vérification d’absence de tension (INRS).
Parking public et station-service : ce qui change
Sur un site ouvert au public, trois points s’ajoutent :
- L’accès et le paiement : badge, application ou terminal de paiement, ce qui suppose une supervision OCPP et un opérateur.
- L’affichage du tarif, prévu par le futur cadre tunisien selon La Presse.
- La disponibilité : une borne en panne sur un axe routier se voit vite. La supervision permet de détecter un défaut et parfois de redémarrer la borne à distance ; il faut aussi un contrat de maintenance.
Votre borne de recharge entreprise : la liste de contrôle avant de signer
- Nombre de véhicules, durée de stationnement, énergie à recharger par jour.
- Puissance souscrite, consommation existante, marge réelle aux heures de recharge.
- Type de bornes (AC 7,4, 11 ou 22 kW, DC rapide) et nombre de points.
- Gestion de charge statique ou dynamique, et emplacement du capteur de consommation.
- Version OCPP de la borne et de la plateforme, mode de connexion.
- Badges, comptage, facturation éventuelle.
- Protections : différentiel 30 mA dédié par point, type B ou type A avec RDC-DD selon la notice ; prise de terre mesurée.
- Dossier de recette : essais du différentiel, mesure de terre, mise en service, essai de charge réel.
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Sources
- Open Charge Alliance, page des protocoles OCPP, consultée le 13 octobre 2026
- Open Charge Alliance, publication d’OCPP 2.1 comme IEC 63584-210:2025, 9 décembre 2025
- Open Charge Alliance, acceptation d’OCPP 2.1 par l’IEC, 2 septembre 2025
- Schneider Electric, brochure EVlink Pro AC, 2023
- Schneider Electric, fiche produit EVlink Pro DC 180 kW (EVD1S180TBBC7), 3 avril 2025
- Hager, gérer la demande d’énergie des parcs de bornes de recharge (gestionnaire witty), consulté le 13 octobre 2026
- Legrand, « Quel type de différentiel dois-je utiliser sur mon installation électrique ? », consulté le 13 octobre 2026
- Legrand, révision de la norme NF C 15-100, 23 août 2024, mise à jour le 1er janvier 2026
- IEC 61851-1:2017, IEC Webstore
- Circutor, fiche IDA-EV, protection des points de recharge, 2020
- STEG, référentiel technique des installations photovoltaïques, consulté le 13 octobre 2026
- La Presse, « Voitures électriques : des bornes bientôt dans les parkings, commerces et stations-service », 19 août 2026
- INRS, « Opérations sur les installations électriques », consulté le 13 octobre 2026
